Chauffage et émissions de gaz à effet de serre : un lien sous-estimé ?

L’ADEME a récemment publié les résultats de l’enquête qu’elle réalise chaque année sur les représentations de l’effet de serre par les Français. Entre autres résultats, il est intéressant de noter que les Français ne placent pas le chauffage des bâtiments parmi les activités ayant le plus fort impact : ce sont avant tous les activités industrielles (93%), les transports (89%) et la destruction des forêts (90%) qui sont cités.

Or, le chauffage du résidentiel et du tertiaire est responsable à lui seul d’un tiers des émissions nationales de gaz à effet de serre (source: rapport Prévot sur les réseaux de chaleur) ; à l’échelle du pays, c’est donc bien l’une des toutes premières sources de gaz à effet de serre.

L’impact du chauffage n’est toutefois pas complètement ignoré : 70% des répondants l’ont cité comme l’une des causes des émissions de gaz à effet de serre. En 2000, ils étaient moins de 40%.

Le développement des réseaux de chaleur renouvable ne pourra se faire sans une prise de conscience du rôle déterminant du chauffage dans les émissions de gaz à effet de serre.

> 30/11/2009 : 2 Français sur 3 estiment qu’il faut modifier nos modes de vie pour limiter le réchauffement climatique (communiqué de presse ADEME)

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Installations de production de chaleur de Vattenfall en Suède

Propriété de l’Etat suédois, la société Vattenfall est un plus importants producteurs d’énergie en Europe du Nord, et le troisième opérateur de réseaux de chaleur en Suède avec une production annuelle de 3700 GWh (à titre de comparaison, la production totale des réseaux de chaleur français en 2008 était de 24400 GWh).

Ci-dessous quelques photos d’installations de production de chaleur de Vattenfall pour les réseaux de chauffage urbain (photos publiées par Vattenfall sous licence Creative Commons).

Haparanda heat power plant. Interior.
|Intérieur de la chaufferie biomasse de Haparanda dans le nord de la Suède. Le combustible principal est la tourbe.

Kalix heat power plant
|La chaufferie bois de Kalix utilise principalement de la plaquette forestière et de la tourbe.

Övertorneå heat power plant. Oven.
|Four biomasse de la chaufferie de Övertorneå

Överkalix heat power plant
|Chaufferie biomasse de Överkalix

Uppsala combined heat and power plant. Waste incineration plant.
|Usine d’incinération de déchets d’Uppsala, produisant de la chaleur, du froid et de l’électricité par cogénération. L’usine a une capacité d’incinération de 52 tonnes de déchets par heure. Le site d’Uppsala utilise également de la biomasse (plaquettes forestières et tourbe, livrée par containers, voir photo ci-après). Chaque année, le site produit 1600 GWh de chauffage urbain, 200 GWh d’électricité, 90 GWh de chaleur livrée sous forme de vapeur et 30 GWh de froid urbain (source chiffres : Vattenfall).

Uppsala combined heat and power plant. Containers with peat fuel.
|Containers de tourbe sur le site de cogénération d’Uppsala

Uppsala combined heat and power plant. Central heat plant.
|Chaufferie centrale du site d’Uppsala

Motala combined heat and power plant
|Vue panoramique de la centrale biomasse de Motala, qui produit chaleur et électricité par cogénération (agrandir)

Nyköping combined heat and power plant
|La centrale de cogénération biomasse de Nyköping, qui dessert 1800 sites clients

Les Cahiers Juridiques : « Réseaux de chaleur, le temps du renouveau ? »

Les Cahiers Juridiques (n°133, novembre 2009) consacrent un dossier au renouveau des réseaux de chaleur (sur le mode interrogatif),  faisant écho à l’intitulé retenu par les organisations de la 5ème rencontre des réseaux de chaleur qui se sont tenues le 26 novembre.

Les auteurs font le point sur les mesures récentes (loi Grenelle 1, fonds chaleur…) et à venir (loi Grenelle 2), susceptibles de concourir au développement des réseaux de chaleur en tant qu’outil de mobilisation des énergies renouvelables.

> A lire sur Territorial.fr : Réseaux de chaleur, le temps du renouveau ?

Le réseau de Dunkerque récompensé par l’Agence Internationale de l’Énergie

L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), organisation affiliée à l’OCDE, a attribué le mois dernier ses premiers « District Energy Climate Award » à 6 systèmes de chauffage urbain, dont le réseau de chaleur de Dunkerque et Saint-Pol-sur-Mer (Nord). Ce réseau, qui dessert environ 18000 équivalents-logements, est alimenté à 60% par la chaleur de récupération du site industriel Arcelor-Mittal. Les autres lauréats sont l’Université du Texas (Austin, États-Unis), la ville de Boras (Suède), l’agglomération de Copenhague (Danemark – plus de détails sur le chauffage urbain de Copenhague ici), Jiamusi (Chine) et Cracovie (Pologne).

Avec la création de cette nouvelle récompense, l’AIE souhaite contribuer à la reconnaissance du chauffage urbain comme outil de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de mobilisation de sources d’énergie renouvelable ou de récupération disponibles localement.

En savoir plus :

Ouverture de la plus grande chaufferie biomasse de France

Située à Cergy-Pontoise (Val d’Oise), cet équipement inauguré aujourd’hui fournira 22% de l’énergie distribuée aux 32000 équivalents-logements raccordés au réseau de chaleur de l’agglomération. La part d’énergies renouvelables utilisée pour produire la chaleur du réseau atteint ainsi 60%.

L’installation de cette nouvelle chaufferie a représenté un investissement de 17 millions d’euros. Chaque année, le rejet de 16000 tonnes de CO2 est évité grâce au remplacement de la puissance anciennement générée à partir d’énergies fossiles.

La dernière enquête annuelle du chauffage urbain réalisée par le SNCU (2008) recense 93 réseaux de chaleur dont la part d’énergies renouvelables est supérieur à 50%, sur un total d’environ 420 réseaux comptabilisés. Au plan national, la part des énergies renouvelables et de récupération (donc y compris l’énergie provenant de l’incinération des déchets) est d’environ 29%. En Norvège, elle est de 70%, et atteint 80% en Suède. La France s’est fixé l’objectif à l’horizon 2020 d’une chaleur distribuée par les réseaux produite à 75% à partir d’énergies renouvelables, parallèlement à un triplement du nombre d’équivalents-logements raccordés.

> Pour en savoir plus sur l’ouverture de la chaufferie biomasse de Certy-Pontoise, voir le communiqué de presse (EduBourse, 04/12/09).

Zoom sur le chauffage urbain de Copenhague

Le quotidien Les Echos a consacré la semaine dernière un article au système de chauffage urbain de Copenhague.

Créé suite aux chocs pétroliers des années 70, le réseau de la capitale danoise chauffe aujourd’hui plus de 90% des bâtiments. Un plan d’évolution a été élaboré pour la période 2010-2025, avec pour objectif une augmentation de la part des énergies renouvelables dans l’alimentation des chaufferies. Cette part est aujourd’hui de 50% ; quel que soit le scénario retenu dans le cadre du plan d’évolution, elle devra être au minimum de 70% d’ici 2025. En 2050, 100% de la chaleur devra provenir d’énergies renouvelables.

Pour en savoir plus, voir l’article (en 3 parties) sur le site des Echos :
Chauffage urbain, la leçon de Copenhague
Une des installations européennes les plus sophistiquées
A Paris, un réseau plus grand et moins dense

Crédit photo : Javier Losa, sous licence Creative Commons

Guide de l’usager du chauffage urbain

L’association Via Sèva et l’ADEME viennent de publier le guide de l’usager du chauffage urbain.

Ce document  pédagogique d’une vingtaine de pages se compose de 5 parties :
– généralités sur le chauffage urbain
– organisation et gestion
– tarification et facturation
– qualité de service
– énergie et environnement

Ce guide peut être consulté sur le site de Via Sèva. Il sera également distribué par l’ADEME, via les Espaces Info Energie.

> Guide de l’usager du chauffage urbain

Etude « Filières vertes » du CGDD : extraits concernant les réseaux de chaleur

Dans une étude récemment publiée, le Commissariat Général au développement durable (CGDD) a analysé les forces et les faiblesses de 17 « filières vertes » et a proposé pour chacune d’entre elles des objectifs de développement industriel à moyen et long terme.

Le CGDD indique que cette étude a pour principal objectif de permettre d’engager une discussion. A cet effet, une consultation publique est organisée ; les réponses peuvent être faites en ligne, jusqu’au 15 janvier 2010, par l’intermédiaire du site suivant : Consultation sur la stratégie française en matière de filières industrielles françaises de la croissance verte.

Les 17 filières étudiées sont les suivantes (en gras, celles qui concernent directement ou indirectement les réseaux de chaleur) :

1. Biomasse (valorisation énergétique)
2. Biomasse (valorisation matériaux)
3. Biocarburants
4. Chimie verte (dont chimie biomasse)
5. Recyclage des déchets à haute valeur ajoutée
6. Eolien, dont off-shore
7. Energies Marines
8. Géothermie
9. Captage et stockage de CO2
10. Photovoltaïque
11. Véhicules électriques
12. Stockage d’énergie / Batteries
13. Métrologie – instrumentation
14. Optimisation des procédés industriels
15. Logistique et gestion de flux
16. Réseaux énergétiques intelligents (smart grids)
17. Efficacité énergétique dans le bâtiment

La biomasse-énergie et la géothermie ont été identifiées par le CGDD comme filières matures, pour lesquelles la France dispose d' »un potentiel naturel et industriel élevé », mais « dont le
potentiel de développement est sous exploité ».

Les extraits du rapport concernant directement les réseaux de chaleur sont présentés ci-après.

Extrait des objectifs proposés pour le développement de la filière biomasse énergie (p. 37) :

Développer les réseaux de chaleur pour les bâtiments collectifs (habitat et tertiaire)

L’utilisation du bois et de ses dérivés pour la production de chaleur possède un taux de rendement (85 à 90%) extrêmement plus élevé que la production d’électricité seule (15 à 30%). Les réseaux de chaleur ne desservent aujourd’hui que 4% du parc national. Il faut se fixer un pourcentage supérieur dans le chauffage des bâtiments. Rappelons que 70% des dépenses d’énergie domestique sont consacrées au chauffage. Il s’agît là d’un enjeu majeur pour l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments dans le cadre du Grenelle.

Extrait des conditions de succès de la stratégie de développement de la filière biomasse énergie (p. 38) :

Sur l’aval collectif, la mise en place de mesures incitatives pour favoriser l’implantation de sites de production de chaleur ou d’électricité et pour créer des réseaux de chaleur/convertir des réseaux de chaleur existants est le facteur clé de succès.

Extrait des priorités d’action pour le développement de la filière biomasse énergie :

Priorité n°1. La France doit structurer en amont la mobilisation de la ressource biomasse et en particulier sa ressource sylvicole
– Création d’un fond stratégique d’investissement dédié aux infrastructures (dessertes forestières, zone de dépôt,…) et au soutien des acteurs
– Jouer sur la réglementation pour favoriser l’incorporation de bois d’oeuvre (seuil d’incorporation dans les constructions neuves) et de bois d’énergie (réglementations thermiques)
– Renforcer le programme BIP de l’Ademe et développer un observatoire national de la biomasse
Priorité n°2. Développer les réseaux de chaleur pour l’habitat collectif et le tertiaire
– Communiquer auprès des particuliers, des promoteurs et des gestionnaires des bâtiments publics
– Rendre l’Etat exemplaire en systématisant le recours aux réseaux de chaleur lors de la construction ou de la rénovation des bâtiments publics
– Rendre obligatoire la connexion des logements neufs aux réseaux de chaleur lorsqu’ils existent

Extrait des objectifs proposés pour le développement de la filière géothermie (p. 73) :

Bien que la France ne compte pas parmi les principaux pays géothermiques, celle-ci possède deux spécificités intéressantes lui permettant de se positionner sur des filières d’excellence en matière de géothermie profonde :
– d’une part, l’expérience du développement ancien de réseaux de chaleur géothermique, et la bonne conjonction de la ressource et d’ensembles urbains importants (bassin parisien, Aquitaine, Alsace)
– d’autre part, des DOM insulaires volcaniques, où la production géothermique d’électricité est compétitive, mais présente certaines spécificités (contexte géologique, contrainte d’éloignement) pouvant présenter une barrière à l’entrée pour les acteurs des grands pays géothermiques.

Le développement d’une telle filière de géothermie « industrielle » en France bénéficiera aux deux niches précédemment citées pour la partie commune (forages, équipements de puits…). Mais celles-ci auront aussi leurs spécificités. Notamment, le développement de la géothermie dans les DOM devrait pouvoir, moyennant un fort investissement local, devenir un leader mondial en la matière capable de s’exporter par exemple dans tout l’arc antillais ou dans le Pacifique.

Pour les réseaux de chaleur, les emplois directs liés à la réalisation des investissements en géothermie profonde ont été estimés à 260 en 2006. Les emplois liés à la production d’énergie marchande sont de l’ordre de 600, pour une valeur des ventes de 100 M€. La filière pourrait représenter 2 000 emplois à l’horizon 2012.

Pour en savoir plus :
article de présentation de l’étude Filières vertes sur le site du MEEDDM
le rapport complet « Filières vertes » : Les filières industrielles stratégiques de la croissance verte (CGDD, octobre 2009)
– Synthèses par filières (filières concernant le plus les réseaux de chaleur) : biomasse énergiegéothermiecaptage et stockage de CO2efficacité des bâtimentsrecyclage des déchets

Taxe carbone et réseaux de chaleur : moratoire d’un an

La taxe carbone – rebaptisée contribution carbone – a été approuvée par le Sénat le 24 novembre. Les sénateurs ont notamment voté un amendement qui concerne spécifiquement les réseaux de chaleur : les produits énergétiques utilisés par les réseaux de chaleur seront exemptés de contribution carbone jusqu’au 31 décembre 2010. L’auteur de l’amendement a mis en avant le nombre important de logements sociaux raccordés à des réseaux de chaleur.

En savoir plus :
> Taxe carbone : exonérations pour les réseaux de chaleur et le transport fluvial (Les Echos, 24/11/09)
> La taxe carbone a été votée par le Sénat (Challenges, 24/11/09)

Reportage vidéo sur le réseau de chaleur géothermique de Chevilly-Larue

Le réseau de chaleur géothermique de Chevilly-Larue/L’Haÿ-les-Roses/Villejuif fait l’objet d’un numéro de l’émission Les pieds sur Terre, diffusée par Public Sénat. Ce réseau, qui compte 85km de canalisations, est l’un des plus importants système de chauffage urbain alimenté par géothermie en Europe. Il dessert 22000 équivalents-logements.

Voir aussi :
> Photos de la centrale de géothermie de Chevilly-Larue
> Vidéos sur le site Géothermie – Perspectives

Actualités sur les réseaux de chaleur, réseaux de froid et énergies renouvelables, en lien avec la planification et l'aménagement des territoires